Faire de sa passion un métier viable, vivable et rentable
Lucien Puech d’Alissac a rejoint l’exploitation familiale de Pissy-Pôville le 1er juin dernier en qualité d’associé, avec son père Arnold et son frère Nicolas, au sein de la SCEA de la Ferme du Pays.
Lucien Puech d’Alissac a rejoint l’exploitation familiale de Pissy-Pôville le 1er juin dernier en qualité d’associé, avec son père Arnold et son frère Nicolas, au sein de la SCEA de la Ferme du Pays.






Aîné d’une fratrie de quatre garçons, Lucien Puech d’Alissac a d’abord voulu rouler sa bosse, avant de s’installer, en travaillant chez d’autres agriculteurs pour mûrir son projet. « J’ai toujours su que je voulais devenir agriculteur mais je ne voulais pas le faire trop tôt pour ne pas m’enfermer, car le jour où je m’installerai, j’aurai toute la vie pour ce métier. Je me disais que si je pouvais voir autre chose avant ce n’était pas plus mal. J’avais besoin de bouger ».
S’éloigner pour mieux revenir
À la sortie du bac, plutôt que de faire son BTS Acse dans un établissement d’enseignement agricole du département, il décide de partir suivre ses études agricoles dans le Nord, à l’Institut de Genech près de Lille « pour voir autre chose ». Son stage il le fera cependant au Gaec Frétigny-Marie, exploitation laitière voisine de la ferme familiale. Pendant son cursus, il partira aux États-Unis en Pennsylvanie, faire un stage dans deux fermes laitières près de Pittsburgh, pays natal de sa mère Elizabeth. « Contrairement à l’idée que l’on se fait des États-Unis avec ses grandes étendues, c’était une ferme de 80 hectares dans une région herbagère. On y pressait des petits ballots que l’on chargeait derrière le pick-up. Le matériel était très moderne », se souvient Lucien.
À son retour de stage, en 2013, il s’investit dans l’organisation du Festival de la terre organisé par le canton de Pissy-Pôville. La bonne ambiance qui y régnait l’incite à revenir dans le département pour faire une année de licence à la MFR de Coqueréaumont. « C’était une belle expérience, on avait tissé des liens entre nous, je n’avais plus envie de repartir. Je voulais m’investir dans le syndicat et être avec les autres JA ». Adhérent depuis l’âge de 16 ans, il rejoint alors le bureau des JA du canton de Pissy-Pôville. En 2018, ce sera le conseil d’administration du syndicat départemental, puis en 2022, il devient vice-président.
Salariat
Après un contrat pro à la FNSEA 27 pendant sa licence – où il développe les groupements d’achats –, il anime quelques mois le réseau JA de l’Eure. « Ce fut l’occasion de voir le syndicat de l’intérieur ». Il s’est vite aperçu que le travail, derrière un bureau, avec ses tâches administratives n’était pas fait pour lui. Il quittera le syndicat eurois après quelques mois.
A ce moment il n’est pas encore prêt à s’installer et décide de chercher du travail dans des exploitations agricoles.
Sa première expérience professionnelle salariée en élevage se déroulera chez Bernard Gois à Saint-Jean-du-Cardonnay de 2014 à 2019. « C’était intéressant, car je participais à toutes les tâches, de l’élevage à la transformation laitière ainsi qu’aux travaux en plaine et à l’entretien du matériel. Cela m’a aussi beaucoup enrichi dans le domaine du management car l’entreprise y emploie de nombreux salariés. »
En 2019, son chemin l’emmène vers une autre expérience formatrice. Il est embauché comme responsable d’élevage chez Sébastien Windsor, sur une exploitation en polyculture-élevage à Vieux-Manoir pour remplacer un salarié partant à la retraite. Il s’y occupera de l’atelier d’engraissement de porcs hors sol, un domaine qu’il ne connaissait pas.
« Du fait de ses nombreux engagements, Sébastien délègue énormément. J’y ai eu beaucoup de responsabilités. Avec l’autre salarié qui avait dix ans d’ancienneté, nous avions beaucoup d’autonomie et devions nous organiser et prendre des décisions, nous avons beaucoup appris ensemble. »
Veille
Durant toutes ces années Lucien garde en tête l’idée de s’installer. Il guette les publications de la Safer, se renseigne, candidate. Il attend la bonne opportunité qui lui permettra de faire de sa passion un métier viable, vivable et rentable. « Je voulais apporter quelque chose en plus sur la ferme qui soit autre que le développement d’un atelier déjà existant », raconte Lucien.
La chance lui sourit fin octobre 2023. Il a 30 ans, l’âge qu’il estime idéal pour s’installer. Une ferme de 60 ha avec un corps de ferme sur la petite commune de Rocquemont près de Rouen se présente. Il candidate cette fois-ci avec succès. « J’ai eu la chance d’être attributaire Safer. Au début, j’appréhendais un petit peu. Je ne connaissais ni les cédants ni les voisins. J’ai eu la chance d’être très bien accueilli. », se remémore-t-il.
Lucien entre alors dans le parcours d’aide à l’installation pour construire son projet, appuyé par son frère Édouard conseiller agricole au Crédit Mutuel dans l’Essonne.
Pérennité
Si l’agrandissement n’était pas une fin en soi, les 60 ha amenés par Lucien sont une bouffée d’oxygène pour la SCEA de la Ferme du Pays qui est en situation de précarité foncière importante du fait de la moitié de sa surface mise à disposition par des communes du nord de Rouen Métropole. « C’était déjà le cas à l’époque de mes grands-parents qui exploitaient à Bihorel de cette manière. Aujourd’hui le corps de ferme a disparu avec l’urbanisation. Depuis son installation en 1992, mon père a vu des hectares de l’exploitation s’en aller. L’agrandissement c’était la solution pour pérenniser l’exploitation », explique Lucien.
Répartition
Si Lucien dispose d’une solide expérience dans l’élevage et la transformation à la ferme c’est la conduite des cultures et l’entretien du matériel qu’il préfère. « J’aime bien toucher à tout et tout bricoler. »
Nicolas gère la partie élevage des bovins allaitants et des volailles avec leur mère.
Rejoindre l’exploitation familiale était un souhait, celui de ne pas être tout seul sur une exploitation, d’avoir un peu de temps libre, mais aussi sur le plan économique, de bénéficier du matériel dont la ferme de Rocquemont ne disposait plus.
Travailler en famille
« Lorsque je travaillais à l’extérieur, tous les week-ends et les soirées je revenais sur l’exploitation familiale. C’est en moi, j’ai besoin de ça. J’avais du mal à me voir ailleurs qu’ici. Tout seul c’est bien mais on est aussi un peu prisonnier de sa liberté. Si nous ne sommes pas là pour faire le boulot, personne ne peut le faire à notre place. Lorsque nous sommes plusieurs nous pouvons prendre un peu de temps libre à tour de rôle. Travailler avec mon père et mon frère c’est parfait ! »
Travailler en famille est naturel chez les Puech. Les deux autres frères, édouard et Jean, sont aussi à la manœuvre lors de leur passage à la ferme.
« Nous ne vivons pas de conflit intergénérationnel, sourit Lucien. Mon père est présent trois jours la semaine du fait de ses engagements syndicaux. Il est toujours là le mardi pour travailler à l’abattoir. On a la chance que notre père nous fasse confiance et nous laisse prendre beaucoup de décisions, même si on le consulte forcément et si on échange. C’est gratifiant. Cela nous oblige à nous organiser. Nous partageons les mêmes valeurs et notre cap pour l’avenir est le même. »•
SCEA de la Ferme du Pays
2544 la Ferrière
76360 Pissy-Pôville
02 35 75 44 19
fermedupays@gmail.com