Aller au contenu principal

Agribashing, des causes multiples

Vidéos choc de L214, mouvement des coquelicots, cartes de l'utilisation des pesticides en France, le monde agricole est au coeur de nombreuses attaques. Cela donne au citoyen l'image d'un secteur en décalage avec les attentes sociétales, alors que de nombreux efforts sont réalisés.

file-alt-64271
Affiche du Salon de l'agriculture présentant des slogans antiviande.
© François d'Alteroche

Le traitement des problématiques agricoles par les journalistes généralistes s'avère essentiellement critique, donnant au secteur agricole l'impression d'un « agribashing », que le politologue Eddy Fougier définit comme « l'intensification et l'approfondissement de la critique du mode de production agricole conventionnel et de l'implication dans l'agriculture et la production alimentaire d'acteurs non spécifiquement agricoles (industries agrochimique, agroalimentaire et des biotechnologies) dans une partie de l'espace public et la diffusion de cette critique auprès du grand public par certains médias, certains journalistes, certains auteurs d'ouvrages, certains hommes politiques ».
Pourtant, en parallèle, les sondages récents continuent de montrer un attachement des Français à leur agriculture et à leurs agriculteurs : l'opinion publique leur fait majoritairement confiance, respecte le métier et sa difficulté, et soutient globalement les mobilisations du monde agricole pour des revenus corrects.

Dénigrement et méconnaissance des pratiques

Ainsi, comme le met en avant Eddy Fougier dans son rapport, ce n'est pas l'agriculture en général qui est dénigrée, mais certaines pratiques : le recours aux produits phytosanitaires, aux biotechnologies, l'élevage trop intensif, l'agriculture d'exportation, etc. Pour le chercheur, il faut d'ailleurs préciser que « les agriculteurs sont, en grande partie, les victimes collatérales de l'image et des agissements d'autres secteurs », des secteurs situés en amont comme l'industrie agrochimique, ou à l'aval comme l'industrie agroalimentaire.

Le temps médiatique est devenu très court, à l'inverse du temps nécessaire à l'agriculture pour produire et se transformer, explique de son côté l'ancien journaliste René Siacci, aujourd'hui consultant en communication. Aujourd'hui, l'information doit faire le buzz. « Oui, les journaux parlent des trains qui n'arrivent pas à l'heure », et non pas de ce qui fonctionne bien, poursuit-il. Comment l'agriculture peut-elle répondre ? Pour autant, le monde agricole est-il condamné à subir les images négatives véhiculées sur le métier ?
« Aujourd'hui, on vient chercher les agriculteurs en réaction, ce qui met en place une relation forcément agressive et entretient l'incompréhension entre deux métiers qui vivent un phénomène comparable : le journalisme est en train de mourir, l'agriculture est en crise. Il faut aider les journalistes à progresser vers la vérité », estime René Siacci.

Changer d'état d'esprit

Pour Eddy Fougier, il faut avant tout « changer d'état d'esprit » et dépasser le stade des réactions émotionnelles. Une cartographie des principaux acteurs en présence est nécessaire pour élaborer une réponse adaptée, en prenant en compte notamment les perceptions de plusieurs catégories de Français, indique le chercheur : jeunes cadres citadins, jeunes parents, enfants et adolescents. Ensuite, « le monde agricole doit encourager les différentes initiatives visant à favoriser un travail de fact-checking », en sachant que la question clé en la matière « ne réside pas tant dans la crédibilité du message que dans celle de son émetteur », précise Eddy Fougier, sachant que le grand public tend à se méfier des « gros » (grosses entreprises, institutions qui défendraient systématiquement leurs intérêts...) et des experts toujours suspectés d'être en conflit d'intérêt par rapport à l'industrie.
Enfin, dans un second temps, le monde agricole doit « repasser à l'offensive » en faisant du grand public sa cible prioritaire, à travers deux publics spécifiques : les consommateurs finaux, et les riverains des exploitations. Comme le rappelle René Siacci, « l'information agricole échappe aux journalistes spécialisés en agriculture, souvent traitée dans les rubriques environnement, santé, alimentation, société... ».
Il faut donc se concentrer sur les médias généralistes, en partant des préoccupations des consommateurs, indique de son côté Eddy Fougier, qui livre plusieurs pistes : montrer la réalité concrète du métier d'agriculteur, les liens entre agriculture et alimentation, éviter de tomber dans le piège de « la bataille des modèles », mettre en avant la contribution de l'agriculture au bien commun, mettre davantage en scène les démarches de progrès effectuées par le secteur, et avant tout, parler de valeurs. Le tout, de la façon la plus coordonnée possible, face à des ONG qui tirent leur force dans leur capacité à attirer l'attention des médias. Le problème du monde agricole n'est pas « qu'il ne communique pas ou pas suffisamment, mais plutôt que les actions de communication émanent d'une multitude d'acteurs, ce qui rend, au bout du compte, cette communication largement inaudible », résume ainsi Eddy Fougier. •

Les urbains en décalage

Cette critique, qui s'est développée depuis plusieurs décennies, a changé d'essence ces dernières années. « Elle n'est plus dominée par la lutte contre les OGM, mais plutôt par une opposition aux pesticides et à l'élevage intensif, voire à l'élevage en tant que tel. Ce n'est plus un saut technologique qui est dénoncé par les protestataires, mais bel et bien le cœur même de l'activité agricole », décrit Eddy Fougier. Une critique qui s'est également radicalisée, tout en devenant plus visible, avec des porte-paroles plus prestigieux dans les médias. Parallèlement, le monde agricole s'est de plus en plus éloigné des urbains, qui sont de moins en moins nombreux à avoir un ancrage paysan ou rural et s'avèrent donc majoritairement peu familiers des réalités du secteur. De même, les alliés politiques traditionnels de l'agriculture, à savoir la droite néo-gaulliste, sont éloignés des responsabilités depuis plusieurs années, ce qui contribue à affaiblir le poids et la parole du monde agricole.
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Union agricole

Les plus lus

Trois invités de marque pour une table ronde centrée sur la protection de la ressource en eau qui a donné lieu à de nombreux échanges. De g. à d. : Laurence Sellos, présidente de la Chambre d’agriculture, Thierry Coué, secrétaire général adjoint de la FNSEA et Édouard Philippe, président de la communauté urbaine (CU) du Havre.
La décroissance est-elle la seule solution ?

La FNSEA 76 a tenu son assemblée générale annuelle à Saint-Vigor-d’Ymonville lundi 3 mars. Plus de 150 adhérents et…

Synthèse 2025 des reliquats azotés en sortie d’hiver

Pour assurer le calcul de la dose bilan d’azote dans votre plan de fumure prévisionnel (PPF), il est nécessaire de…

Le bureau se compose de : Laurence Sellos (présidente), Bruno Ledru (1er vice-président), Stéphane Donckele (2e vice-président), Sébastien Levasseur (3e vice-président), Aline Catoir (4e vice-présidente), Guillaume Burel (secrétaire) ; puis de Chantal Durecu, Vincent Leborgne, Justin Marie, Lucien Puech d'Alissac, Emmanuel Roch et Arnaud Tesson (secrétaires adjoints).
Laurence Sellos, réélue à la présidence de la Chambre 

Plus d'un mois après les élections à la Chambre d'agriculture de Seine-Maritime, les membres nouvellement élus se sont…

Les Terres de Jim, sujet phare de l'AG de JA 76

L'assemblée générale départementale annuelle de JA 76 a été l'occasion de réunir les acteurs locaux pour discuter des enjeux…

Quand l'artisanat brayon défie les frontières

Deux mois de travail intensif, une précision d'orfèvre et une passion débordante : Alexandre Cousin et Léa Chauveau,…

À la ferme fruitière du Haut Pas à Bully : Julie Levasseur et son compagnon Samuel Crépin présentent leur semoir pneumatique.
Aide aux petits investissements : un coup de pouce efficace

Le 20 mars, les élus et les agents du Département et de la Chambre d'agriculture de Seine-Maritime se sont rendus sur trois…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 300 €/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site L'Union agricole
Consultez le journal L'Union agricole au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters du journal L'Union agricole